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Le travail des femmes et des enfants

Témoignage de William Plante, 16 ans, lors de la Commission d’enquête sur les relations entre le capital et le travail (1889)

Témoignage de William Plante, cigarier de la Manufacture J.M. Fortier à Montréal lors de la Commission royale d’enquête sur les relations entre le capital et le travail au Canada, Enquête sur les rapports qui existent entre le capital et le travail au Canada, Ottawa, 1889, BAnQ-Numérique.

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Extrait

William Plante, cigarier, de Montréal, assermenté.

Par M. Helbronner (commissaire) :

Q.—Vous êtes ouvrier-cigarier?
R.—Oui, monsieur.
Q.—Quel âge avez-vous?
R.—J’ai seize ans.
Q.—A quel âge avez-vous fait votre apprentissage ?
R.—J’ai commencé à treize ans.
Q.—Vous avez donné trois ans d’apprentissage ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—Chez qui ?
R.—Chez M. Fortier.
Q.—Avez-vous été battu pendant votre apprentissage ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—Souvent ?
R.—J’ai été battu rien qu’une fois ; on m’a rabattu mes culottes.
Q.—Ils vous ont rabattu vos culottes ; ils devaient être plusieurs pour faire cela, n’est-ce pas ?
R —Oui, il y en avait plusieurs, mais ils ne se sont mis que trois sur moi.
Q.—Trois hommes ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—Qui leur a donné l’ordre de vous retirer vos culottes?
R.—Je n’ai pas vu qui a donné l’ordre ; il y en avait un qui me bouchait la bouche avec ses mains.
Q.—Pourquoi vous a-t-on battu ?
R.—C’est pour avoir essayé à apporter des cigares.
Q.—Vous a-t-on battu avec la main ?
R.—Avec un bâton.
Q.—Vous ont-ils donné plusieurs coups ?
R.—Oui, plusieurs.
Q.—En avez-vous été indisposé pendant quelques jours ?
R.—Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite, mais je m’en suis aperçu plus tard.
Q.—Qu’appelez-vous “plus tard” : est-ce que vous avez souffert de manière à ne pas pouvoir travailler pendant quelques jours?
R.—Non, ça ne m’empêchait pas de travailler, mais j’avais de la misère à m’asseoir.
Q.—En même temps qu ’on vous a battu vous a-t-on imposé une amende ?
R.— Non, monsieur.
Q.—Vous reconnaissez que vous avez pris ces cigares-là pour les emporter ?
R.—Oui.
Q.—Combien y en avait-il ?
R.— Cinq.
Q.— Est-ce le constable qui les a trouvés sur vous ?
R. —Non, c’est un foreman.
Q.— Ce n’est pas M. Boudreau ?
R.—Non.
Q.— Quand il a trouvé les cigares, il vous a empoigné ?
R.—Oui, et il m’a mis dans le black-hole.
Q.—Vous avez été mis dans le black-hole avant d’être battu ?
R.—Oui, avant.
Q —Combien de temps êtes-vous resté dans le black-hole ?
R.—A peu près deux heures.

Par le Président :

Q.— Ça vous a paru deux heures ; êtes-vous bien sûr que vous avez été aussi longtemps que cela?
R.— Oui, partant de cinq heures et demie jusqu’à sept heures et demie.

Par M. Helbronner :

Q.—A quelle heure la fabrique ferme-t-elle ?
R.—Ce soir-là, elle avait fermé à peu près à sept heures et demie.
Q —Les ouvriers étaient-ils encore là?
R.— Non, rien que le foreman.
Q.—Et vous êtes resté deux heures dans le black-hole?
R .— Oui.
Q.— Qui a été vous chercher là?
R —Je ne puis pas m’en rappeler.
Q.—Est-ce un des foreman ?
R.— Oui.
Q.—De là, où vous a-t-il mené ? Vous a-t-il mené en haut ?
R.—Non, ils m’ont attaché dans la cave.
Q.— Combien y avait-il d’autres hommes, là ?
R.—Il y avait tous les foreman à part de M. McGregor.
Q —Cela représentait combien d’hommes, tous les foreman, autant que vous puissiez vous en rappeler?
R.—A peu près cinq ou six.
Q.—Alors, on vous a sorti du black-hole et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
R.—Là, ils m’ont empoigné et ils m’ont battu comme je l’ai dit.
Q-—Cinq ou six hommes étaient présents, lorsque vous avez été battu?
R-— Ils ne m’ont pas tous touché ; il n’y en a que deux ou trois qui m’ont battu.
Q.— Et les autres regardaient les deux ou trois vous battre ?
R.— Oui.
Q.— Comment étiez-vous enfermé là dedans ; est-ce qu’on barre une porte pour vous y enfermer?
R.— Oui, ils m’avaient enfermé dans un endroit pour mettre le charbon.
Q-—Y avait-il des balles de tabac, là?
R.—Non, il n’y avait rien que du charbon.
Q.—Etait-ce en été ou en hiver ?
R.— C’était dans le printemps.
Q.— Y avait-il encore de la neige ?
R.— Je ne puis pas vous dire.
Q —Vous n’avez pas souffert du froid ?
R.—Non.
Q —Barrait-on la porte une fois que vous étiez dans ce cachot ?
R.— Oui.
Q.— Quel âge aviez-vous dans ce temps-là ? Etait-ce la première année, la seconde année ou la troisième année de votre apprentissage ?
R.— C’était la seconde année, si je ne me trompe pas.
Q.—Vous deviez avoir alors à peu près quinze ans ?
R.—Oui.
Q.—Est-ce la seule fois que vous avez été battu ?
R.—Oui.
Q.—Et c’est la seule fois que vous avez été au cachot ?
R.—Non, j’ai été deux autres fois au cachot.
Q.—Pourquoi avez-vous été mis au cachot les autres fois ?
R.—Les deux autres fois c’est parce que je n’avais pas voulu balayer.
Q.—Etait-ce après les heures de travail ?
R.—Une demi-heure avant la fin des heures de travail.
Q.—Vous avez signé un contrat ?
R.—Oui, monsieur.
Q.—L’avez-vous encore chez vous?
R.—Non.
Q.—Qui vous a enfermé dans le cachot ?
R.—C’est M. Ernest Boudreau.
Q.—Quel était le Surintendant de la fabrique à cette époque là ?
R.—C’est John Ryan, dans le temps qu’ils m’ont battu.
Q.—Est-ce que les apprentis pouvaient sortir pour prendre leur dîner, chez M. Fortier?
R.—Il y avait des temps où il ne voulait pas nous laisser sortir.
Q.—Où mangiez-vous alors ?
R.—Il y en avait plusieurs qui apportaient leur dîner et on mangeait dans l’atelier.
Q.—Vous a-t-on quelquefois envoyé prendre votre dîner dans la cave ?
R.—Quelquefois on voulait sortir, on essayait de sortir, et on n’était pas capable et il nous chargeait de l’amende.
Q.—Ce n’est pas la question que je vous demande; vous a-t-on quelquefois envoyé manger votre dîner dans la cave ?
R.—Non.

L’Union Saint-Joseph

En 1851, la maladie et le décès du tailleur de pierre Adolphe Guilbault plongent sa famille dans l’indigence. Afin d’éviter un sort similaire, ses compagnons de travail créent l’Union Saint-Joseph pour offrir des secours aux membres en cas de maladie et des rentes aux veuves en cas de décès. L’immeuble de l’association, toujours visible au coin sud-est des rues Sainte-Catherine et Sainte-Élizabeth, est un important lieu de rencontres pour les mutualistes et les syndicalistes jusqu’au début du XXe siècle.

Constitution et règlement de l’Union Saint-Joseph

Union Saint-Joseph De Montréal, Constitution et règlements, Montréal, Plinguet et cie, 1856, ICMH no. 48809

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Extrait

Le but de cette association est de réunir autant que possible les Canadiens-français de cette cité, qui forment la classe des travailleurs, afin d’en former une union de fraternité et de bienfaisance par le moyen d’une légère contribution annuelle, qui formera un fonds, auquel tout sociétaire aura droit en cas de maladie ou d’accident.

Nous espérons, compatriotes Canadiens, que vous ne resterez pas en arrière, quoique devancés par d’autres sociétés. Il est vrai, Canadiens travailleurs de Montréal, que c’est quelques chose de nouveau pour nous, qu’une union fraternelle et philanthropique, mais soyez sûrs, amis, que c’est le seul moyen que l’ouvrier puisse prendre pour se mettre à l’abri du malheur qui, tôt ou tard, vient frapper celui qui n’a que son travail pour ressource, pour son soutien et celui de sa famille; l’association seule peut le soustraire à l’humiliante nécessité où se trouve celui que l’adversité à mis hors de pouvoir user de ses bras